Parlons des rhumatismes. Oui, mais lesquels ?
Plus de 200 maladies rhumatismales sont reconnues par la médecine. De nature et d’évolution différentes, les rhumatismes peuvent survenir à n’importe quel âge, même chez les enfants.
Le point commun des maladies rhumatismales est la présence de douleurs et/ou d’inflammation au niveau des articulations et des structures de soutien de l’appareil locomoteur.

Traditionnellement, on sépare les rhumatismes en deux catégories : les rhumatismes inflammatoires (toutes les formes d’arthrite en font partie) et les rhumatismes non inflammatoires (qui regroupe entre autres les arthroses, la goutte, l’ostéoporose, les rhumatismes des parties molles tels que les muscles, les tendons, les tissus conjonctifs).

QUELQUES MÉCANISMES PHYSIOLOGIQUES CONNUS

  1. PRESSION ATMOSPHÉRIQUE
    Lorsque le temps devient froid et humide, la pression atmosphérique extérieure chute et la pression intra-articulaire augmente. Ceci exercerait des contraintes mécaniques importantes sur le cartilage et entraînerait, entre autres, la synthèse de molécules appelées cytokines impliquées dans la réponse immunitaire et dans les douleurs articulaires.
  2. HUMIDITÉ
    L’humidité entraîne une baisse de la tonicité des muscles et rend les articulations plus douloureuses.
  3. FROID
    En hiver, les températures très basses ont tendance à accentuer les symptômes des maladies chroniques. Selon les individus, les douleurs liées aux rhumatismes peuvent varier et devenir plus intenses avec le froid en raison de la contraction des vaisseaux sanguins.
    Le froid réduit également la viscosité du liquide synovial. Les articulations sont alors moins bien lubrifiées et les douleurs par frottement augmentent.


QU’EN DIT LA SCIENCE ?

Environ 60% des personnes atteintes de rhumatismes se disent sensibles aux conditions météorologiques et sont convaincues de pouvoir prédire un changement de temps en se basant uniquement sur le ressenti de leur douleur.
On retrouve cette certitude dans de nombreuses cultures, si bien qu’il existe dans certains pays des bulletins télévisés « météo-santé » informant les téléspectateurs des douleurs potentielles qu’ils pourraient ressentir.

Autour des années 1980, plusieurs études(1) ont essayé de mettre en évidence la fiabilité du « baromètre interne » des personnes atteintes de rhumatismes par rapport aux changements de temps. Ces études ont conclu que la fiabilité des prédictions météorologiques n’était pas significative.

Entre 1990 et 2000, des chercheurs ont comparé les données précises des stations météorologiques avec les épisodes douloureux évoqués par les patients.(2) Ces études ont conclu que :

  • la météo des jours précédents ou suivants n’est pas associée à un changement objectif de la douleur
  • les personnes apparemment sensibles à la météo sont plus ou moins nombreuses selon le lieu où est réalisée l’étude
  • le facteur psychologique influencerait le ressenti des personnes. (En effet, les patients savaient qu’ils étaient recrutés pour une étude sur le lien entre douleurs et météo…)

En 2014, des chercheurs hollandais réalisent une étude, dans 6 pays européens, sur la météo-sensibilité des personnes souffrant de rhumatismes (3). Les patients n’étaient pas au courant du sujet de la recherche. Après avoir analysé les symptômes ressentis en fonction de plusieurs conditions climatiques, les chercheurs ont montré qu’une hausse de 10 % d’humidité faisait grimper le niveau de douleur de seulement 1 sur 100. Ils ont donc conclu qu’il n’y avait pas de lien scientifique entre douleurs articulaires et humidité. Cette conclusion rejoint celle d’une autre étude australienne réalisée en 2016 (4).

Seule une étude de 1996 (5) montre qu’il pourrait exister un lien entre les douleurs ressenties par les patients et l’humidité, mais ceci uniquement à la surface de leur peau… Avec quelques couches de vêtements, les effets des variations climatiques ne seraient alors plus présents.


MAIS ALORS, POURQUOI 60% DES PATIENTS AFFIRMENT AVOIR PLUS MAL LORSQU’IL FAIT MAUVAIS TEMPS ?

Les experts semblent penser que le mode de vie des patients favoriserait les douleurs rhumatismales. Par exemple, quand il fait froid ou qu’il pleut, les gens restent à l’intérieur et bougent peu. C’est l’inactivité et non la température froide ou l’humidité, qui exacerberait la douleur.

Cependant, dans toutes les cultures, il existe une croyance solide du lien entre rhumatismes et météo, malgré la quasi absence de preuves accumulées dans la littérature scientifique. Plusieurs facteurs psychologiques peuvent expliquer cette croyance :

  • Premièrement, le désir d’avoir une explication par rapport à l’aggravation d’une douleur encourage les patients à rechercher des preuves qui confirment leurs croyances, et à négliger les indices contraires.
  • De plus, il est assez facile de trouver un événement météo qui va dans le sens de la croyance plusieurs heures ou plusieurs jours avant ou après l’épisode douloureux, pour valider les ressentis
  • Enfin, quand on ne souffre pas, on ne cherche pas spontanément une cause à cet étatmême quand le temps est mauvais.


CONCLUSION

Dans les rhumatismes inflammatoires chroniques (Polyarthrite Rhumatoïde par exemple), il peut y avoir des effets directs des changements météorologiques sur les signes inflammatoires. Dans l’arthrose, maladie due à une dégradation du cartilage à dominante mécanique, l’influence du temps sur la maladie n’a pas été démontrée.


De nombreuses études ont montré une corrélation entre la luminosité et la sécrétion de sérotonine, une substance qui agit sur l’état psychologique. Des études ont également montré l’influence de l’humeur sur la douleur physique. La sécrétion de sérotonine étant dépendante des variables météorologiques et notamment de la luminosité et de la durée du jour (plus faibles en hiver), ceci pourrait expliquer l’augmentation des douleurs rhumatismales lorsque le temps est maussade.


Certains se demandent si leurs douleurs diminueraient en habitant dans un pays chaud. La chaleur a pour effet de décontracter les muscles, de relâcher les tendons et d’augmenter la vascularisation. Cela peut avoir un effet positif mais les personnes qui vivent dans des climats plus chauds ne sont pas épargnés par l’arthrose.

Les conseils les plus simples sont souvent les meilleurs. Bougez régulièrement, malgré la douleur et le froid, afin d’activer votre métabolisme et de stimuler la circulation ainsi que la production de liquide synovial.

Pensez à porter des vêtements adaptés, gants et bonnet inclus, lors de vos sorties à l’extérieur. Les articulations doivent absolument être maintenues au chaud.

Sources

(1) https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.3109/03009748609092593%20

(2) https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1002/art.1790070306

(3) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24462921

(4) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27492467

(5) http://www.jrheum.org/content/31/7/1327.short

Une analyse de données recueillies auprès de 151 patients laisse entendre que, chez les participants atteints de polyarthrite rhumatoïde, les sensations de douleurs étaient corrélées à une température basse, une pression atmosphérique élevée et un taux d’humidité important. Chez les patients souffrant d’arthrose, les variations de pression atmosphérique n’étaient pas « détectées », tandis que les patients traités pour fibromyalgie n’étaient objectivement pas affectés par l’humidité. Ces observations n’ont pas été corroborées par ailleurs. Concernant la fibromyalgie, notamment, d’autres travaux jugent peu vraisemblable l’existence d’un lien entre météo et douleurs.

1 réponse
  1. Sylviane dit :

    Merci pour cet article et tes citations de recherches sur ce sujet. La vérité est a revoir. Merci de l’avoir fait. C’est également très enthousiasmant de constater que l’exercice physique est une donnée qui agit sur ces douleurs. A nous de jouer. Merci beaucoup

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